C-RAM-X

18 septembre — 06 novembre 2010

Simone Van Bakel
Judith Van den boom
Fabien Clerc
Daphné Corregan
Karim Ghelloussi
Monica Gricko
Jeffrey Haines
Christin Johanson
Piet Stockman
Patrick Loughran
Luisa Maisel
Naomi matthews
Charlotte Nordin
Rem Posthuma
Virginia Scotchie
Piet Stockman
Gilles Suffren
Helenbeck Gallery
6 rue Defly Nice, France 06000


Au premier abord, le mot C-ram-X pose question, car il ne correspond pas exactement à l’idée que l’on se fait de la céramique.

Plutôt qu’un titre d’exposition, il ressemble à une sorte de logo, une signature proche des tags tels que nous en voyons de nombreux sur les murs de nos villes.
L’écriture d’un mot sous une forme phonétique évoque aussi le texto, message rédigé de manière spontanée, parfois d’une seule main et au milieu de la foule aux heures d’affluence – écriture forcément réduite à sa plus simple expression.
Elle fait donc référence au téléphone portable, outil résolument contemporain et si profondément ancré dans notre quotidien qu’il entraîne un certain nombre de nouvelles pratiques et de nouvelles habitudes de communication. L’utilisateur écrit ses messages à grande vitesse et son téléphone ne lui sert plus uniquement à donner des coups de fil. Il se connecte à Internet d’un « simple clic », peut prendre des photos ou des vidéos, éventuellement les partager avec ses amis, dont certains se trouvent de l’autre côté du globe, via différents réseaux sociaux.

A l’inverse, la céramique fait partie d’une tradition, celle des « arts du feu ». Elle est souvent considérée comme un artisanat, au même titre que le verre. Le mot lui-même a pour premier sens «art de façonner et de cuire l’argile», il vient du grec keramikos, «d’argile», et de keramos «terre à potier». Depuis l’antiquité, le travail de la terre regroupe un ensemble de spécificités et de techniques très différentes les unes des autres. Mis à part l’argile, les principaux autres types de terre sont la faïence (du nom de Faenza, ville italienne célèbre pour ses poteries émaillées) le grès (terre glaise mêlée de sable fin), et la porcelaine (céramique fine et dure).

Son histoire, longue, complexe et variée, fait écho à l’idée de durée inhérente au métier de céramiste. Celui-ci enchaîne plusieurs phases dans la réalisation de ses œuvres, nécessitant toutes du savoir faire, et lui permettant étape après étape de mener à bout le long processus de maturation de chaque objet. Ici, la spontanéité n’est pas de mise. Il s’agit au contraire d’éviter toute précipitation, ce qui risquerait de provoquer des accidents.
Et puis nous savons que le travail des mains, aussi répétitif soit-il, permet éventuellement d’aider le cerveau, la pensée de l’artiste, à avancer et mûrir. Le temps, la durée, se révèlent donc importants. Ce sont des alliés à ne surtout pas négliger, ni au moment de façonner l’objet à froid, ni plus tard lorsqu’il s’agit de le cuire et de lui donner sa forme définitive.

Contre toute attente, l’exposition C-ram-X se présente sous la forme d’un oxymore, dans la mesure où son titre ressemble à un étendard («signe de reconnaissance et de ralliement» d’après le Dictionnaire Historique de la langue française), lui-même très contemporain et voué à faire état de cette pratique millénaire qu’est la céramique.
Plusieurs approches se côtoient à travers les œuvres de 16 artistes internationaux de différents âges, leur choix n’étant précédé d’aucun programme particulier. Seule l’intuition de Chantal Helenbeck, galeriste de son état, tenait lieu de moteur autant que de garde-fou dans son exploration de cet art à dimension artisanale. Après plusieurs expositions consacrées au graffiti, il lui semblait naturel de se pencher sur une pratique tout autant empreinte de savoir faire et d’un goût pour les objets réalisés avec soin.

Et au vu de l’ensemble, nous constatons l’indéniable vivacité de la céramique vue à travers le prisme de ces artistes. Leur juxtaposition révèle un panorama d’une grande diversité, trajet décomplexé prenant des aspects tour à tour figuratif, abstrait, influencé par l’architecture ou par des parties du corps, emprunt d’émotion, festif, etc. Le récit en cours s’annonce réellement passionnant.

Thomas Maria Hubert
Paris, août 2010